À chaque session de formation, je pose la même question aux stagiaires : sur quel article du Code de l'environnement repose aujourd'hui le contenu d'une étude de dangers ? Neuf fois sur dix, la réponse tombe, assurée : l'article R512-9. C'est faux. Et cette erreur circule partout, y compris sur des sites de formation professionnelle. L'étude de dangers, ou EDD, est le document qui justifie qu'une installation classée maîtrise ses risques accidentels. Autant partir de la bonne base légale avant de parler méthode.
L'erreur de base légale que je corrige à chaque cours#
L'article R512-9 du Code de l'environnement a longtemps été la référence du contenu de l'EDD. Il ne l'est plus. Le décret n° 2017-81 du 26 janvier 2017 l'a abrogé, avec l'article R512-6, à compter du 1er mars 2017. Ces deux articles appartiennent au régime ICPE d'avant la réforme. Les citer comme textes en vigueur, c'est se tromper de décennie.
Cette réforme, entrée en application le 1er mars 2017, a fusionné les procédures ICPE et loi sur l'eau dans une autorisation environnementale unique. Elle a déplacé le contenu de l'EDD vers l'article D181-15-2 du Code de l'environnement, dans son paragraphe III. C'est ce texte qui s'applique en 2026, et lui seul.
Que demande-t-il ? Que l'étude « justifie que le projet permet d'atteindre, dans des conditions économiquement acceptables, le niveau de risque le plus bas possible ». La formule est importante : il ne s'agit pas d'un risque zéro, mais du meilleur compromis atteignable au regard du coût. Toute la méthodologie qui suit sert à démontrer ce point.
Ce que l'EDD n'est pas : l'étude d'impact#
Je fais toujours cette mise au point tôt, parce que la confusion est tenace. L'étude de dangers et l'étude d'impact environnemental sont deux documents distincts, avec deux objets opposés.
L'EDD porte sur les risques accidentels : l'explosion, l'incendie, la fuite toxique, l'événement soudain qui menace la sécurité des personnes et des biens à l'extérieur du site. L'étude d'impact, elle, porte sur les effets de l'installation en fonctionnement normal : les rejets chroniques dans l'air, l'eau et le sol, le bruit, les atteintes à la biodiversité et au paysage. L'une regarde l'accident, l'autre le quotidien. Un dossier d'autorisation complet contient les deux.
PCIG : les quatre dimensions du risque accidentel#
Le cœur méthodologique de l'EDD repose sur un texte qui, lui, n'a pas bougé : l'arrêté du 29 septembre 2005. Il fixe la façon d'évaluer et de coter chaque phénomène dangereux selon quatre dimensions. On les résume par l'acronyme PCIG : Probabilité, Cinétique, Intensité, Gravité.
La probabilité. L'arrêté définit une échelle à cinq classes, notées de A à E, de l'événement courant à l'événement extrêmement improbable. Chaque scénario d'accident majeur reçoit une classe.
L'intensité des effets. Elle se mesure par rapport à des valeurs de référence, exprimées en seuils : effets toxiques, effets de surpression, effets thermiques, effets liés aux projectiles. Ces seuils s'appliquent à l'homme comme aux structures. C'est ce qui permet de tracer des distances d'effets autour de chaque phénomène.
La gravité. Elle résulte de la combinaison, en un point donné de l'espace, de l'intensité d'un phénomène et de la vulnérabilité des personnes qui s'y trouvent. L'arrêté retient cinq niveaux, définis par le nombre de personnes exposées aux effets létaux hors de l'établissement : Modéré (aucune ou très peu), Sérieux (moins de dix), Important (dix à cent), Catastrophique (cent à mille), Désastreux (plus de mille). On voit tout de suite que la gravité n'est pas une propriété du produit, mais de l'environnement humain autour du site.
La cinétique. C'est la vitesse à laquelle l'accident se développe. Un accident est à cinétique lente s'il laisse le temps de mettre en œuvre des mesures de protection, un plan d'urgence externe par exemple, avant que les personnes exposées ne soient atteintes. Sinon, il est à cinétique rapide. Cette distinction commande directement l'organisation des secours.
Comment on identifie les scénarios : APR puis ADR#
La démarche se fait en deux temps. D'abord l'Analyse Préliminaire des Risques, l'APR : une identification qualitative et large des phénomènes dangereux et des scénarios susceptibles d'avoir des effets au-delà des limites du site. Elle sert de filtre. Ensuite l'Analyse Détaillée des Risques, l'ADR, qui reprend les scénarios d'accident majeur retenus et les caractérise finement selon les quatre critères PCIG pour statuer sur l'acceptabilité du risque.
Pour construire tout cela, la référence de terrain reste le guide Omega 9 de l'INERIS, « Étude de dangers d'une installation classée », publié en 2015. C'est le document que je conseille de garder ouvert quand on rédige une EDD.
La grille MMR, là où se joue l'acceptabilité#
Une fois chaque scénario positionné en probabilité et en gravité, on le reporte dans la grille des Mesures de Maîtrise des Risques, la grille MMR. Cette matrice croise les cinq classes de probabilité et les cinq niveaux de gravité, et délimite trois zones : une zone de risque élevé, marquée « NON », qui rend le projet inacceptable en l'état ; une zone intermédiaire « MMR », où une démarche d'amélioration continue est attendue ; et une zone de risque moindre. Tout l'enjeu, pour l'exploitant, est de faire sortir ses scénarios de la case rouge par des barrières de sécurité.
L'efficacité de ces barrières se mesure par un niveau de confiance, associé à un facteur de réduction du risque qui progresse par puissances de dix. Sur l'échelle exacte, j'avoue rester prudent : selon les normes citées, on trouve tantôt une graduation de 1 à 4, tantôt de 0 à 5. Les sources ne s'accordent pas, alors je m'en tiens au principe, un niveau de confiance croissant selon les normes NF EN 61508 et 61511, sans trancher sur la borne haute.
De l'EDD au PPRT : le document qui gèle l'urbanisme#
L'étude de dangers ne reste pas dans un tiroir. Ses distances d'effets alimentent directement le Plan de Prévention des Risques Technologiques, le PPRT. Ce dispositif est né de la loi n° 2003-699 du 30 juillet 2003, votée après l'explosion de l'usine AZF à Toulouse en 2001.
Le mécanisme est simple à énoncer : le périmètre d'exposition aux risques du PPRT se construit à partir des scénarios d'accident majeur et des distances d'effets issues de l'EDD, après réduction du risque à la source. Autrement dit, la rigueur de l'étude de dangers d'un industriel dessine, littéralement, ce que ses voisins pourront ou non construire. C'est le point que je trouve le plus parlant en formation : un calcul de surpression sur un plan d'usine finit par conditionner un permis de construire à trois cents mètres de là.
Ce lien concerne au premier chef les sites Seveso. Le cadre européen est la directive 2012/18/UE du 4 juillet 2012, dite Seveso 3, applicable dans les États membres depuis le 1er juin 2015. Tout établissement Seveso, seuil bas ou seuil haut, est par construction une ICPE soumise à autorisation, avec les obligations propres aux sites à haut risque. Pour un site Seveso seuil haut, l'EDD est réexaminée périodiquement, au moins tous les cinq ans selon la doctrine généralement admise. Pour le seuil bas, la périodicité est moins nettement fixée, et je me méfie des chiffres qui circulent sans texte réglementaire à l'appui.
La nouveauté 2026 : la cartographie géoréférencée#
Le principe d'une cartographie des zones d'effets n'a rien de nouveau : l'article D181-15-2 la prévoit depuis 2017 dans le résumé non technique. Ce qui change, c'est le format. L'arrêté du 4 septembre 2025, publié au Journal officiel le 5 septembre, modifie l'arrêté PCIG de 2005 et impose désormais de fournir ces cartographies en document électronique géoréférencé, conforme aux standards du Code de l'environnement. Les zones sont délimitées par type d'effets, surpression, effets toxiques, effets thermiques, et par classes de probabilité.
L'échéance à retenir : cette obligation de format s'applique aux études de dangers exigibles à compter du 1er janvier 2026. Concrètement, un dossier déposé maintenant doit intégrer cette couche géoréférencée. Ce n'est plus une carte annexée en PDF, c'est une donnée exploitable par les services instructeurs et, à terme, par les outils de porter-à-connaissance. Pour les bureaux d'études, cela veut dire outiller la chaîne de production dès aujourd'hui.
Le fil qui relie tout ça#
Ce qui me frappe, avec le recul de plusieurs promotions de stagiaires en reconversion, c'est que la méthodologie de l'EDD est presque entièrement écrite par les catastrophes. AZF a donné le PPRT. Seveso, la ville italienne, a donné la directive. Chaque seuil, chaque échelle de gravité porte la mémoire d'un accident qu'on a voulu ne plus revoir. On peut trouver la matière aride, les acronymes rebutants. Mais derrière la grille MMR, il y a toujours une distance très concrète : celle qui sépare une usine d'une école.
La bonne nouvelle, c'est que le cadre 2026 est stable et lisible : D181-15-2 pour le contenu, l'arrêté de 2005 pour la méthode PCIG, et la cartographie géoréférencée comme seule vraie nouveauté. Le reste, c'est de la rigueur de rédaction. À condition de citer les bons textes.
Sources#
- Article D181-15-2 du Code de l'environnement (contenu de l'EDD)
- Arrêté du 29 septembre 2005 relatif à la méthodologie PCIG
- Arrêté du 4 septembre 2025 modifiant l'arrêté du 29 septembre 2005
- Décret n° 2017-81 du 26 janvier 2017, autorisation environnementale
- Article R512-9 du Code de l'environnement (abrogé le 1er mars 2017)
- Guide Omega 9 INERIS, étude de dangers d'une installation classée
- Articles L515-15 et suivants du Code de l'environnement (PPRT)
- Directive 2012/18/UE du 4 juillet 2012 (Seveso 3)





