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Scope 3 bilan carbone : méthode de calcul

Par Jennifer D.

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Jennifer D.

Le scope 3 représente en moyenne 70 à 90 % des émissions totales, selon le GHG Protocol. C'est aussi le plus complexe à calculer : les émissions échappent au contrôle direct, les données manquent, les méthodologies varient. Ce guide détaille le calcul en 4 étapes selon GHG Protocol et l'ADEME.

Rappel : scopes 1, 2 et 3#

Les trois périmètres du bilan GES#

ScopePérimètreExemples
Scope 1Émissions directes de l'entrepriseCombustion (chaudières, véhicules de société), procédés industriels, fuites de fluides frigorigènes
Scope 2Émissions indirectes liées à l'énergie achetéeÉlectricité, chaleur, vapeur, froid achetés
Scope 3Toutes les autres émissions indirectes (chaîne de valeur)Achats, transport, déplacements, fin de vie des produits, investissements

Pour un bilan GES obligatoire complet, le scope 3 est la pièce maîtresse et le principal levier de réduction pour la plupart des entreprises.

Les 15 catégories du scope 3#

Le GHG Protocol Corporate Value Chain (Scope 3) Accounting and Reporting Standard définit 15 catégories d'émissions, réparties entre l'amont (upstream) et l'aval (downstream) de la chaîne de valeur :

Amont (upstream) : catégories 1 à 8#

Cat.IntituléDescriptionPoids typique
1Achats de biens et servicesÉmissions liées à la production des biens et services achetés30-60 % du scope 3
2Biens d'équipementÉmissions liées à la fabrication des immobilisations (machines, bâtiments, véhicules)5-15 %
3Combustibles et énergie (hors scopes 1 et 2)Amont de l'énergie : extraction, transport, raffinage, pertes réseau3-8 %
4Transport et distribution amontFret entrant, logistique amont payée par l'entreprise5-15 %
5Déchets générés par l'activitéTraitement et élimination des déchets produits par l'entreprise1-5 %
6Déplacements professionnelsAvion, train, hôtel, taxi pour les déplacements des salariés1-5 %
7Déplacements domicile-travailTrajets quotidiens des salariés2-8 %
8Actifs loués amontÉmissions des actifs loués par l'entreprise (non inclus en scope 1-2)Variable

Aval (downstream) : catégories 9 à 15#

Cat.IntituléDescriptionPoids typique
9Transport et distribution avalFret sortant, distribution jusqu'au client final5-15 %
10Transformation des produits vendusÉmissions liées à la transformation des produits intermédiaires par les clientsVariable
11Utilisation des produits vendusÉmissions liées à l'utilisation des produits par les clients finaux0-50 % (secteur dépendant)
12Fin de vie des produits vendusTraitement en fin de vie (recyclage, incinération, enfouissement)1-5 %
13Actifs loués avalÉmissions des actifs que l'entreprise loue à des tiersVariable
14FranchisesÉmissions des franchisésVariable
15InvestissementsÉmissions liées au portefeuille d'investissements (banques, assurances)Variable

Méthode de calcul en 4 étapes#

Étape 1 : cartographie des catégories pertinentes#

Toutes les catégories ne sont pas pertinentes pour toutes les entreprises. La première étape consiste à identifier les catégories applicables et à évaluer leur poids relatif (screening) :

Critère de significativité : l'ADEME recommande d'inclure toute catégorie qui représente plus de 5 % des émissions totales estimées ou qui offre un potentiel de réduction significatif.

Exemples par secteur :

SecteurCatégories dominantes
Industrie manufacturièreCat. 1 (achats), Cat. 4 (transport amont), Cat. 11 (utilisation produits)
Distribution/retailCat. 1 (achats marchandises), Cat. 9 (transport aval), Cat. 12 (fin de vie)
Services (conseil, tech)Cat. 6 (déplacements), Cat. 7 (domicile-travail), Cat. 1 (achats IT)
Banque/assuranceCat. 15 (investissements), Cat. 1 (achats), Cat. 6 (déplacements)
BTPCat. 1 (matériaux), Cat. 2 (engins), Cat. 5 (déchets chantier)

Étape 2 : collecte des données d'activité#

Pour chaque catégorie retenue, il faut collecter les données d'activité, c'est-à-dire les quantités physiques ou monétaires qui servent de base au calcul. Trois niveaux de précision sont possibles :

NiveauDonnées utiliséesPrécisionExemple (Cat. 1, Achats)
MonétaireMontants d'achats en eurosFaible5 M EUR d'achats × facteur d'émission monétaire
Physique moyenQuantités physiques × facteur d'émission moyenMoyenne200 tonnes d'acier × FE moyen acier
Fournisseur spécifiqueDonnées d'émission fournies par le fournisseurÉlevée200 tonnes d'acier × FE spécifique du fournisseur

Recommandation : commencer par l'approche monétaire pour le screening, puis affiner avec des données physiques pour les postes majeurs. Les données fournisseur spécifiques sont l'objectif idéal, mais peu de fournisseurs les fournissent actuellement. J'ai vu des entreprises abandonner après 3 mois parce qu'elles attendaient la perfection d'emblée. Le scope 3 ne se construit jamais d'un coup, c'est incrémental

Étape 3 : application des facteurs d'émission#

Les facteurs d'émission (FE) convertissent les données d'activité en tonnes de CO2 équivalent (tCO2e). Les principales bases de données :

BaseGestionnaireContenuAccès
Base Empreinte (ex-Base Carbone)ADEMEFacteurs d'émission pour la France (énergie, transport, matériaux, alimentation)Gratuit
DEFRAGouvernement britanniqueFacteurs d'émission UK (référence internationale)Gratuit
EcoinventCentre suisseBase de données ACV (Analyse de Cycle de Vie), très détailléePayant
GHG Protocol, QuantisWRI/WBCSDFacteurs monétaires par secteur (EEIO)Gratuit

Formule de base :

Émissions (tCO2e) = Donnée d'activité × Facteur d'émission

Exemple : 500 000 km de fret routier (Cat. 4) × 0,083 kgCO2e/t.km (FE moyen poids lourd, Base Empreinte) = 41,5 tCO2e

Étape 4 : consolidation et analyse#

Les émissions calculées par catégorie sont consolidées pour obtenir le total du scope 3. L'analyse doit inclure :

  1. Répartition par catégorie : identifier les postes majeurs (diagramme de Pareto)
  2. Incertitudes : estimer la marge d'erreur (souvent de 20 à 50 % sur le scope 3, contre 5 à 10 % sur les scopes 1 et 2)
  3. Comparaison N-1 : suivre l'évolution annuelle (attention aux changements de périmètre ou de méthodologie)
  4. Benchmarking sectoriel : comparer aux moyennes du secteur (données ADEME ou EcoVadis)

Les difficultés pratiques#

L'accès aux données fournisseurs#

C'est le principal obstacle. La plupart des PME françaises ne calculent pas encore leurs propres émissions, obtenir des données fournisseur spécifiques est donc illusoire pour de nombreux postes. Les solutions :

  • Clauses contractuelles : intégrer l'obligation de communication des émissions dans les contrats fournisseurs
  • Plateformes collaboratives : CDP Supply Chain, EcoVadis (collecte de données carbone fournisseurs)
  • Facteurs d'émission par défaut : utiliser les facteurs monétaires (moins précis mais opérationnels)

La double comptabilité#

Les émissions scope 3 d'une entreprise sont souvent le scope 1 ou 2 d'une autre. Cette double comptabilité est normale et inhérente au système, elle ne doit pas être corrigée. Chaque entreprise est responsable de ses propres leviers de réduction, même si les émissions sont comptées plusieurs fois dans la chaîne de valeur.

L'évolution des facteurs d'émission#

Les facteurs d'émission évoluent avec le mix énergétique, les technologies et les méthodologies. L'ADEME met à jour la Base Empreinte régulièrement. Documenter les facteurs utilisés et leur version reste indispensable pour garantir la comparabilité dans le temps.

Obligations réglementaires#

BEGES réglementaire#

Le bilan GES obligatoire (BEGES) concerne les entreprises de plus de 500 salariés (250 en outre-mer). Depuis le décret n° 2022-982, le scope 3 est obligatoire mais seulement pour les catégories « significatives » identifiées par l'entreprise.

CSRD et ESRS#

Le reporting CSRD exige la publication des émissions scopes 1, 2 et 3 selon la norme ESRS E1 (Changement climatique). Le scope 3 doit couvrir les catégories significatives avec une trajectoire de réduction alignée sur les objectifs climatiques.

Taxonomie européenne#

L'alignement à la taxonomie européenne exige de démontrer une contribution à l'atténuation du changement climatique, ce qui implique de maîtriser le scope 3 pour les activités éligibles.

FAQ#

Faut-il calculer les 15 catégories du scope 3 ?#

Non. Le GHG Protocol et l'ADEME recommandent de se concentrer sur les catégories significatives (plus de 5 % des émissions totales estimées). En pratique, 3 à 5 catégories représentent généralement 80 % du scope 3. Les catégories non pertinentes doivent être justifiées (et non simplement ignorées).

Quelle est la précision attendue du calcul scope 3 ?#

L'incertitude est inhérente au scope 3. Le GHG Protocol estime que les marges d'erreur de 20 à 50 % sont acceptables, à condition qu'elles soient documentées. L'objectif n'est pas la précision au kilogramme mais l'identification des postes majeurs et la mesure des tendances dans le temps.

Combien de temps faut-il pour réaliser un premier scope 3 ?#

Pour une PME industrielle (200-500 salariés), comptez 2 à 4 mois avec un consultant spécialisé (budget : 8 000 – 20 000 EUR) ou 4 à 8 mois en interne avec un responsable RSE formé. Le plus chronophage est la collecte des données d'activité (factures fournisseurs, données transport, données déchets). Ce qui est réaliste, c'est que le scope 3, c'est la traçabilité. Tracer le carbone induit par tes fournisseurs, c'est tracer aussi les défauts de ta chaîne d'approvisionnement. Nombre d'entreprises découvrent en calculant leur scope 3 que leur fournisseur X produit ses composants dans une usine vieille, énergivore, polluante. Le scope 3 devient alors un miroir inconfortable qui force à changer de fournisseur. C'est pour ça que beaucoup tardent à le calculer vraiment.

Quels outils utiliser pour le calcul ?#

Plusieurs outils sont disponibles : Bilan Carbone (ADEME, méthodologie de référence française), GHG Protocol tools (tableurs gratuits), Greenly, Sweep, Carbometrix (plateformes SaaS). Pour un premier bilan, les tableurs ADEME ou GHG Protocol sont suffisants. Les plateformes SaaS apportent de la valeur pour l'automatisation de la collecte et le suivi dans le temps.

Sources#

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