Le diagnostic PEMD est obligatoire depuis le 1er juillet 2023 pour toute démolition ou rénovation significative de bâtiment de plus de 1 000 m². Et pourtant, sur le terrain, la majorité des maîtres d'ouvrage ne le réalisent pas, ou le réalisent mal. Les sanctions existent : jusqu'à 45 000 euros d'amende, six mois d'emprisonnement en cas de récidive. Mais les contrôles restent rares, et le formulaire de récolement que le maître d'ouvrage doit déposer dans les 90 jours suivant la fin des travaux est, dans beaucoup de cas, purement déclaratif. Le résultat : un dispositif réglementaire solide sur le papier, largement contourné dans la pratique.
Cet article creuse un point précis : pourquoi le diagnostic PEMD, conçu pour orienter les matériaux vers le réemploi avant la benne, rate sa cible. Pas un panorama du droit des déchets du BTP. Un seul sujet, un seul problème.
Ce que le diagnostic PEMD exige, concrètement#
La loi AGEC du 10 février 2020, dans son article 51, a transformé l'ancien diagnostic déchets avant démolition en diagnostic PEMD (Produits, Équipements, Matériaux et Déchets). Les décrets n° 2021-821 et n° 2021-822 du 25 juin 2021 en fixent le contenu, les modalités de transmission et les compétences requises pour le diagnostiqueur.
Trois éléments sont à retenir :
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Le seuil de déclenchement : toute opération de démolition ou de rénovation significative portant sur un bâtiment dont la surface cumulée de plancher dépasse 1 000 m². Ce seuil s'applique aussi aux bâtiments ayant abrité une activité agricole, industrielle ou commerciale, quelle que soit la surface.
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Le contenu : le diagnostic doit identifier la nature, la quantité et la localisation des produits, équipements et matériaux présents dans le bâtiment. Pour chaque élément, il doit indiquer le potentiel de réemploi, de réutilisation ou, à défaut, de valorisation. Il doit recommander des filières de reprise et, le cas échéant, prescrire des analyses complémentaires (amiante, plomb, PCB).
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La transmission : le maître d'ouvrage dépose le diagnostic sur la plateforme nationale du CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) avant l'acceptation des devis ou la passation des marchés de travaux. Un formulaire de récolement doit être transmis dans les 90 jours suivant l'achèvement des travaux, précisant ce qui a effectivement été réemployé, réutilisé, valorisé ou éliminé.
Le diagnostiqueur doit justifier de compétences spécifiques. Le décret n° 2021-822 définit les exigences de formation et d'expérience. En pratique, ce sont souvent les mêmes bureaux d'études qui réalisent les diagnostics amiante et plomb qui prennent en charge le PEMD. Le coût d'un diagnostic PEMD varie entre 3 000 et 15 000 euros selon la taille et la complexité du bâtiment, un montant qui pèse peu sur le budget global d'une opération de démolition, mais que certains maîtres d'ouvrage considèrent encore comme une dépense évitable.
Le problème : un diagnostic réalisé trop tard, trop vite, pour personne#
Quand je présente le dispositif PEMD à mes étudiants en master d'urbanisme, ils trouvent le mécanisme logique : identifier les matériaux avant de démolir, orienter ce qui peut être réemployé vers des filières de reprise, tracer ce qui part en décharge. Sur le papier, c'est élégant. Dans la réalité du chantier, ça se passe autrement.
Le premier problème est le calendrier. Le diagnostic PEMD doit être réalisé avant la passation des marchés. Mais dans beaucoup d'opérations, la décision de démolir est prise des mois avant que le diagnostic ne soit commandé. Les choix structurants (procédé de démolition, planning, budget) sont déjà arrêtés. Le diagnostic arrive comme une formalité administrative, pas comme un outil de décision. Le diagnostiqueur identifie des matériaux réemployables, rédige son rapport, le dépose sur la plateforme nationale PEMD. Et ensuite, rien. Personne ne modifie le planning pour organiser une dépose sélective. Personne ne contacte les plateformes de réemploi. La benne arrive, tout part ensemble.
Le second problème est le formulaire de récolement. En théorie, il permet de vérifier que les recommandations du diagnostic ont été suivies. En pratique, c'est un document déclaratif que le maître d'ouvrage remplit lui-même, sans vérification tierce systématique. Les données déclarées alimentent les statistiques nationales sur le réemploi dans le BTP. Si ces données ne sont pas fiables, les statistiques ne le sont pas non plus.
Le troisième problème, et c'est celui qui me paraît le plus structurel, est l'absence de connexion entre le diagnostic PEMD et le marché du réemploi. Le diagnostic identifie des matériaux potentiellement réemployables. Mais il n'y a pas de mécanisme automatique pour mettre ces matériaux en relation avec des acheteurs. Les plateformes de réemploi existent (Cycle Up, Backacia, Articonnex), mais elles fonctionnent en parallèle du dispositif réglementaire, pas en articulation avec lui. Le PEMD produit de l'information. Cette information ne circule pas.
46 millions de tonnes, moins de 1 % de réemploi#
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le bâtiment produit environ 46 millions de tonnes de déchets par an en France, soit 19 % des 240 millions de tonnes du BTP dans son ensemble. Sur ces 46 millions de tonnes, 29 000 tonnes ont été réemployées en 2024, selon les données ADEME. Moins de 1 %. Et la filière REP PMCB (Responsabilité Élargie des Producteurs pour les Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment), entrée en vigueur en 2023, vise 2 % de réemploi en 2024 et 4 % en 2027.
On parle de chiffres tellement bas qu'ils en deviennent presque abstraits. 29 000 tonnes réemployées sur 46 millions produites, c'est 0,063 %. À ce rythme, atteindre 4 % en 2027 supposerait de multiplier le volume réemployé par 63 en trois ans. C'est là que ça se complique et que j'ai moins de certitudes sur la capacité du dispositif actuel à y parvenir.
Le diagnostic PEMD est un des leviers qui devrait contribuer à cette montée en puissance. Mais un levier qui produit de l'information sans générer d'action ne levier rien du tout. L'enjeu n'est pas de multiplier les diagnostics (ils sont obligatoires, ils se feront). L'enjeu est de connecter l'information produite par le diagnostic à une chaîne logistique de dépose, stockage, reconditionnement et revente qui n'existe qu'à l'état embryonnaire.
On parle de réemploi comme d'un problème technique ou réglementaire. C'est un problème de filière industrielle. On ne réemploie pas un lot de poutres en béton précontraint comme on revend un meuble d'occasion sur Le Bon Coin. Il faut des espaces de stockage, des garanties de performance mécanique, des assurances décennales qui acceptent de couvrir des matériaux de réemploi. Rien de tout cela n'est en place à l'échelle nécessaire.
Les sanctions : théoriques ou dissuasives ?#
L'article L. 183-4 du code de la construction et de l'habitation prévoit une amende de 45 000 euros pour le maître d'ouvrage qui ne réalise pas le diagnostic PEMD alors qu'il y est tenu. En cas de récidive, la peine peut aller jusqu'à six mois d'emprisonnement. Ce sont des sanctions sérieuses, comparables à celles prévues pour le non-respect des diagnostics amiante ou plomb.
Mais les contrôles sont assurés par les services de l'État (DREAL, DRIEAT en Île-de-France) et par les maires dans le cadre du permis de démolir. Or ces services sont déjà saturés par les contrôles environnementaux existants (ICPE, études d'impact, sols pollués). Le diagnostic PEMD s'ajoute à une pile de vérifications que les agents ne parviennent pas à traiter.
Je n'ai pas trouvé de données publiques sur le nombre de sanctions effectivement prononcées pour défaut de diagnostic PEMD depuis l'entrée en vigueur du dispositif en juillet 2023. Cette absence de données est en elle-même une information : soit les sanctions sont si rares qu'elles ne font l'objet d'aucune publication, soit les services de contrôle n'ont pas encore intégré le PEMD dans leurs priorités d'inspection.
Ce qui pourrait changer la donne#
La loi AGEC a posé le cadre. La filière REP PMCB, opérationnelle depuis 2023, apporte un financement via les éco-contributions des fabricants de matériaux de construction. Le diagnostic PEMD produit l'information. Ce qui manque, c'est le chaînage entre ces trois éléments.
Trois pistes me semblent réalistes :
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Conditionner le permis de démolir au dépôt effectif du diagnostic PEMD sur la plateforme nationale PEMD, avec vérification automatisée. Aujourd'hui, le permis peut être délivré sans que le diagnostic ait été réalisé. Ce découplage vide l'obligation de sa substance.
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Rendre le formulaire de récolement vérifiable, par exemple en imposant un contrôle tiers sur un échantillon d'opérations, financé par les éco-organismes de la filière REP PMCB. Le déclaratif pur ne fonctionne pas.
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Connecter la plateforme nationale PEMD aux plateformes de réemploi, pour que les matériaux identifiés comme réemployables dans un diagnostic soient automatiquement visibles des acheteurs potentiels. L'information existe, mais elle reste enfermée dans des formulaires PDF.
La conformité environnementale des entreprises du BTP passe aussi par là. Les obligations de reporting extra-financier (CSRD) et les exigences de la loi Industrie Verte sur l'économie circulaire vont renforcer la pression sur les donneurs d'ordre. Un maître d'ouvrage qui démolit sans diagnostic PEMD ne viole pas seulement le code de la construction : il produit une non-conformité qui peut remonter dans son reporting ESG. C'est peut-être ce levier-là, plus que l'amende de 45 000 euros, qui finira par faire bouger les pratiques.
Sources#
- Le diagnostic PEMD, Ministère de la Transition écologique
- Décret n° 2021-821 du 25 juin 2021 relatif au diagnostic PEMD, Légifrance
- Produits et matériaux de construction du bâtiment : données 2024, ADEME
- Déchets du bâtiment, Ministère de la Transition écologique




