Dans son dernier numéro, la revue Pouvoirs se propose d’analyser les rapports, toujours en pleine mutation, entre droit et environnement. La protection de l’environnement est devenue l’une de nos principales préoccupations : réchauffement de la planète, OGM, nucléaire, énergie propre, l’après pétrole, … Tous ces enjeux ont désormais systématiquement des incidences juridiques, donc sur le droit de l'environnement.
Ce numéro dédié au droit et à l'environnement est ouvert par un entretien avec Michel Serres, membre de l’Académie française.
Soucieux de discuter les concepts liés aux débats actuels, Michel Serres souligne que « le mot « environnement » est un mot qui, philosophiquement, peut être aussi juridiquement, dit le contraire de ce qu’il veut dire. Il implique que l’homme est au centre et que le reste est dans l’environ. Donc l’homme est déjà maître et possesseur ; par conséquent il n’y a plus de contrat possible.
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La protection de l’environnement est devenue l’une de nos principales préoccupations, et tous les enjeux ont désormais systématiquement des incidences juridiques, donc sur le droit de l'environnement  |
L’« environnement » est un très mauvais concept. Il est anthropocentriste. Tout mon effort dans Le Contrat naturel consistait à dire qu’il ne faut pas mettre l’homme au centre. »
Peu convaincu par les mesures fiscales du type « pollueur payeur », Michel Serres affirme que « l’économie et la politique ne suffisent pas. Le droit suppose une norme et une sanction. En l’espèce, la sanction ne viendra pas de l’homme mais du monde. Ainsi le rythme de pollution des industries chinoises conduira à la punition de la population. Face à la situation actuelle, il y a un retour au réel. »
« On est en train de revenir au monde. Jusqu’à présent, la politique et la philosophie ignoraient le monde. Cela change, on le découvre. Le philosophe engagé ne se contente plus de penser les rapports humains. J’ai une seconde utopie. L’opinion publique devient mondiale. Le connectif remplacera le collectif » précise Michel Serres.
« Cette opinion mondiale qui est en train de se former va devenir aussi puissante que le monde. Il y a une démocratie en formation. Une vague qui va dans le bon sens. Souvent la population d’un pays est plus sage que ses gouvernants. Il est possible que, pour l’environnement, il se passe quelque chose de ce genre. Voilà une seconde sanction comprise dans cette seconde utopie. Après la sanction par le monde, la sanction par l’opinion publique. Maintenant au juriste de prendre le relais des utopies du philosophe », ajoute Michel Serres.
Vous pouvez retrouver l’intégralité de cet entretien de Michel Serres sur le droit de l'environnement, et l’ensemble du numéro, sur le jeune site Internet de la revue Pouvoirs.
A noter au menu de ce numéro sur le droit de l'environnement :
- Entretien avec Michel SERRES - Le droit peut sauver la nature
- François EWALD - Le droit de l’environnement : un droit de riches ?
- Yves JEGOUZO - L’évolution des instruments du droit de l’environnement
- Maya BACACHE-BEAUVALLET - Marché et droit : la logique économique du droit de l’environnement
- Michel PRIEUR - La Charte de l’environnement : droit dur ou gadget politique ?
- Florence SIMONETTI - Le droit européen de l’environnement
- Michael HERZ - Les grands débats autour du droit de l’environnement aux Etats-Unis
- Furio CERUTTI - Le réchauffement de la planète et les générations futures
- Corinne LEPAGE - Les véritables lacunes du droit de l’environnement
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